Brocéliande au nord de l'Ille-et-Vilaine :
Réactions, informations et liens


Nous remercions vivement
Jean-Pierre MATHIAS, conteur professionnel de Haute-Bretagne, pour cette nouvelle contribution : elle montre que le voyage de Saint Budoc à Jérusalem, rapporté par Baudry de Bourgueil au XII° siècle, faisait encore partie du légendaire dolois à la fin du XIX° siècle.

LÉGENDE DU TOMBEAU DE MONSIEUR JAMES

Ils vinrent trois, trois magiciens de l'Arabie...
L'Arabie, un pays lointain où les lutins chevauchent sur des rayons de lune; où sont suspendus dans les airs des palais de diamant qui étincellent sous un soleil d'or pur; où les hommes portent au doigt des anneaux qui rendent invisibles.
Ils vinrent trois, trois magiciens de l'Arabie.
Ils étaient couverts de grands manteaux, tissus de neige, et portaient sur la tête un turban écarlate, découpé dans un nuage pourpre, un soir d'été.
A leur arrivée, les vieilles fées d'Armor firent solennelle réception. En l'honneur des étrangers, il y eut assemblée plénière des Korrigans, et, pendant sept nuits -nombre sacré-, à la musique lointaine des flots, il y eut des danses d'esprits dans les bois frissonnant de la baie de Cancaven.
Ils vinrent trois, trois magiciens de l'Arabie.
Longtemps ils firent des prestiges, mais, un jour, ayant perdu leur baguette d'argent, ils tombèrent en un chagrin mortel. Lors, les visita Monseigneur saint Budoc, archevêque de Dol, qui connaissait l'Orient d'où il avait rapporté jadis le couteau de la Cène et maints objets d'un prix infini. Et il leur parla leur langage. Et ils comprirent. Et ils moururent chrétiens, espérant dans la lumière de Judée.
Ils vinrent trois, trois magiciens de l'Arabie.
Ils furent ensevelis dans la cathédrale. O merveille ! Pendant les suaves oraisons du bienheureux pontife, surgit, sur les cadavres des enchanteurs, un tombeau rose et or, ciselé d'ornements mystérieux.
Vous pouvez me croire. Je tiens ces choses d'une femme très ancienne qui me les a contées en me montrant, selon son expression, le "reliquaire que fit saint Budoc pour ceux d'Orient".
Ils vinrent trois, trois magiciens de l'Arabie.

In "Le tombeau de Thomas James à Dol", H. de KERBEUZEC, impr. Plihon et Hervé, 1895, pages 35 à 38. Sous le pseudonyme H. de KERBEUZEC on reconnaît François DUINE.
Le 20 décembre 1999, j'ai consulté son exemplaire personnel de cette brochure, conservé à la Bibliothèque Universitaire de Rennes - fonds DUINE - sous le N° 87 312.

C'est en préparant mon nouveau spectacle pour le temps des Rois Mages que j'ai relu cet article de François DUINE. Vous trouverez une présentation provisoire du spectacle à cette adresse : http://www.contes-et-merveilles.com/news.php


Georges Bertin, auteur de "La quête du Saint Graal et l'Imaginaire" et de très nombreux ouvrages et articles sur le cycle arthurien, est Directeur général de l'Institut de formation et de recherches en intervention sociale à Angers. Georges Bertin dirige également le Cercle d'Etudes Normand d'Anthropologie (CENA).
Ses encouragements nous vont droit au coeur :

Vous avez raison, les romanciers arthuriens ont été contaminés par légendes, situations historiques, paysages, hagiographies etc... C'est tout cela les racines de l'imaginaire arthurien.

Je viens de consulter votre site, c'est en effet fascinant. Bravo. Les Anjou ne sont pas loin non plus ! Et je pressens d'autres liens entre nos territoires respectifs: Margat, St Samson... c'est à creuser. Dans l'ouvrage que vous citez j'avais également attiré l'attention du lecteur sur la région du Mont St Michel, nos thèses se rejoignent donc là. Cela renvoie définitivement aux ténèbres la supercherie romantique de la forêt de Paimpont.

Georges Bertin.

Un site à découvrir absolument : http://www.cena12.fr/


Jean-Pierre MATHIAS, conteur professionnel de Haute-Bretagne, complète notre propos touchant la Fontaine Bouillante de saint Samson, dont nous savons quelle est alimentée par une rivière prenant sa source à la « Fontaine au Feu ». On sait l’importance des forges dans la tradition arthurienne attachée à Merlin.

Au sujet de l'article «La fontaine merveilleuse de Brocéliande» vu à l’adresse http://www.paysdebroceliande.com/broualan/carfantin.html , voici quelques éléments allant dans votre sens :

Les toponymes <Farge> et <Lafarge>, qui sont souvent des patronymes, peuvent résulter d'une déformation de <La Forge> comme de <La Faye>. Les deux termes sont souvent associés. Les forges ont longtemps brûlé du bois de hêtre (fagus, fayard, Le Fay, La Faye ou La Fayette).

On trouve aussi le nom de lieu « Sous le Feu », comme à Loudéac, où feu peut représenter l'ancien nom du hêtre ou témoigner d'une activité métallurgique passée.

Un grand merci à Jean-Pierre MATHIAS qui, par ailleurs, nous informe de la sortie du livre de contes inédits du canton de Pleine-Fougères le samedi 24 novembre à St-Georges-de-Gréhaigne : http://www.contes-et-merveilles.com/agenda.php



Marc Déceneux, Docteur en Histoire de l’Art et Archéologie,
auteur de nombreux ouvrages et historien réputé, nous écrit : 

Bonjour,

J’ai pris connaissance de votre site et des hypothèses étonnantes que vous exposez. Voici quelques réactions « à chaud »…

1 – Je ne sais pas comment prendre le qualificatif d’ « historien local » que vous m’attribuez : pourquoi pas « érudit local » tant que vous y êtes ?

2 – Ma doctrine a toujours été la suivante : la forêt de Brocéliande (qui est d’ailleurs un nom moderne : il est préférable de retenir celui de « Brechelien ») est avant tout un thème archétypal littéraire et tenter de la localiser physiquement est une démarche inutile et vaine. J’ai d’ailleurs eu l’occasion de dire (et d’écrire) ce que je pense de sa localisation à Paimpont, et du bizness qui s’y attache.

3 – Cela dit, je peux admettre que des traditions légendaires anciennes du pays de Dol ont pu contribuer à l’élaboration de la thématique arthurienne : l’importance de la colonie doloise dans la région de Monmouth – que vous soulignez à juste titre – est un bon argument. J’avoue par exemple que votre localisation du « Mont Douloureux » est ingénieuse, voire troublante… Mais je ne vais pas entreprendre ici la discussion de tous vos arguments : il y faudrait des pages ! …

4 – Non seulement je ne vous en veux pas d’utiliser mes bouquins (et mes quelques photos qui y sont publiées), mais je vous prie de ne pas hésiter à vous en servir de nouveau : ces choses là sont faites pour être utiles et utilisées.

5 – J’attends la suite avec impatience, même si je reste sceptique sur les perspectives générales de cette recherche.

Donc bon courage et peut-être à bientôt.
Cordialement
Marc Déceneux
 

Réponse de Guillaume Kerfontaine :

Cher monsieur,

Merci d’avoir pris la peine de nous écrire. Je suis sincèrement désolé si le qualificatif d’historien local a pu vous blesser : dans mon esprit, il signifiait seulement que vous êtes très actif localement, et sans doute résident de la région. Je vous considère comme Le spécialiste de l’histoire locale, mais pas seulement locale bien entendu. J’ai beaucoup d’admiration pour vos écrits, et c’est bien pour cette raison que je vous cite à plusieurs reprises. Je viens d’ailleurs de relire votre ouvrage merveilleux : « Mont-Saint-Michel, Histoire d’un Mythe » et y ai trouvé des éléments qui me semblent conforter la thèse d’une Brocéliande à proximité de Dol (à suivre donc).

Que la forêt de Brechelien soit un thème archétypal littéraire, je vous l’accorde bien volontiers. Mais je ne partage pas votre point de vue quand vous qualifiez la recherche de localisation physique de cette forêt d’  « inutile et vaine ».

Pourquoi vaine ? Si les auteurs du mythe fondateur, et en tout premier lieu Geoffroy de Monmouth, avaient en tête une forêt réelle - ce qui constitue mon hypothèse - il me semble assez simple d’en trouver les preuves.

Pourquoi inutile ? Je m’étonne qu’un historien aussi renommé que vous, et ô combien à juste titre, puisse pour une fois se désintéresser des sources (fussent-elles populaires) d’une mythologie qui n’est probablement pas née au XII° siècle par génération spontanée… Il me paraît non seulement utile mais indispensable d’en effectuer l’étude, afin de mieux comprendre les sources, d’une part (le légendaire local), les textes arthuriens d’autre part. Comprendre la genèse d’une œuvre constitue à mes yeux la plus belle des aventures.

Ceci étant, je respecte infiniment votre démarche : le sens archétypal ne doit pas être relégué au second plan, et c’est là tout l’esprit de vos travaux pour lesquels j’ai une profonde admiration.

Alors, peut-être à bientôt, oui, pour une étude laissant plus de place au mythe lui-même ?

Dans tous les cas, je suis très touché par votre accueil bienveillant à la lecture de ma thèse doloise (et combourgeoise).

Je vous renouvelle mes compliments pour l’ensemble de votre œuvre et vous prie de croire à toute ma sympathie.

Vous aussi écrivez-nous :
Guillaume.kerfontaine@yahoo.fr

 

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