Le Graal dans l'imaginaire local des Dol-Combour

Par Guillaume Kerfontaine

La chanson d’Aiquin,
Un roman médiéval breton composé dans la seconde moitié du XII° siècle
Marc Déceneux
Armen n°138, janvier 2004

A LIRE EN PREAMBULE :  Chronique de Dol

La chanson d’Aiquin, texte contemporain de la Chronique de Dol de Baudry de Bourgueil, montre bien la présence locale d’un légendaire lié au graal, avant l’écriture des romans du cycle arthurien. La source du mythe est là. Ainsi, dans l’imaginaire du pays des Dol-Combour, le Saint Graal voyage de Jérusalem à Dol, au VI° siècle, et sera dérobé sous le règne de Charlemagne par des païens finalement vaincus, dont on sait, par ailleurs qu’ils resteront dans la région et fondent Lillemer, village situé à l’ouest de Dol-de-Bretagne. D’où la quête ? Le Graal n’est pas retrouvé… L’historien Marc Déceneux, même s’il ne fait pas le lien entre les deux textes, évoque avec une intuition remarquable, dans la revue Armen, le cycle arthurien :

Le roi païen Aiquin s’est emparé de la Bretagne, qu’il a mise en coupe réglée à l’exception des cités de Dol, Rennes et Vannes. Les bretons ont appelé à l’aide le roi Charlemagne qui, suivi d’une immense armée, franchit la Sélune et le Couesnon pour pénétrer en Bretagne. Arrivé à Dol, il rencontre l’archevêque Isoré autour duquel s’est réunie la fine fleur de la noblesse armoricaine.

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L’archevêque Isoré, à qui les païens ont dérobé un calice d’or, entreprend, après avoir célébré la messe de la Pentecôte, d’assiéger le château de Dinard, tenu par Grimouart, neveu d’Aiquin.

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On devine un ancien mythème dans le vol de la coupe d’or d’Isoré par les païens : c’est là plus qu’un simple fait divers, car ce larcin entraîne le siège et la prise du château de Dinard. Le calice de l’archevêque apparaît ici comme un véritable talisman, dont la possession est un enjeu majeur. Comment alors ne pas songer au récipient magique qui, du chaudron du Dagda, le « Jupiter irlandais », au Graal des romans tardifs, traverse toute la tradition celtique ?

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Le geste félon d’Aiquin, jetant son Javelot sur les émissaires de Charlemagne, trouve un écho saisissant dans le texte gallois de Culhwch et Olwen, où le géant démoniaque Ysbaddaden Pencawr agit de façon identique lorsqu’il reçoit les envoyés du roi Arthur.
 

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