La cathédrale de Dol-de-Bretagne et le nombre d'or

Par Christophe
de Cène

Au panthéon des entités mathématiques, phi, le fameux nombre d’or, dispute la première place à pi et quelques spécimens aux vertus numériques particulières. Connu d’Euclide et en usage durant l’antiquité grecque, qui lui voue un culte presque mystique, Phi disparaît des traités occidentaux au Moyen-âge pour faire sa réapparition en Italie du Nord, à la Renaissance : le mathématicien Pacioli lui consacre son traité de « la Divine Proportion ». On sait cependant que, par tradition orale, le nombre d’or n’a jamais disparu de l’enseignement des bâtisseurs. L’architecture romane puis gothique en offre divers exemples. Aucun cependant n’atteint le degré d’évidence, et de pureté, que nous offre Dol-de-Bretagne.

Qu’est le nombre d’or ? un être mathématique ayant la propriété suivante : si on l’élève au carré (c’est à dire si on le multiplie par lui-même) et qu’on lui retranche 1, on obtient le dit nombre d’or. Et alors me direz-vous, est-ce là une propriété magique ? Oui, répondent les grecs ! Car ce nombre, qui vaut 1,618034 environ, est doué de propriétés mathématiques et esthétiques d’une richesse rare. Sur ses vertus repose la clé d’œuvres d’art en tout genre, de l’antiquité à la renaissance, voire à la période contemporaine. Même la nature rend hommage à phi quand elle développe certaines plantes ou coquillages en spirale… Mais c'est là un sujet inépuisable, qui fait l'objet de bien des traités.

Aussi, contentons-nous de retenir que le nombre d’or définit un rectangle de une unité de large, et de 1,618 unités de long.

La particularité de ce rectangle réside dans le fait que si on lui « colle » un carré de 1,618 unités de côté, l’ensemble est aussi un rectangle d’or. Les bâtisseurs de cathédrales jouaient fréquemment sur cette propriété, développant des formes considérées comme absolument harmonieuses :

Article de l'artiste peintre contemporain Yvo Jacquier sur le nombre d'or.

Le nombre d'or vaut 1,618. BCHI, en vert, est appelé un rectangle d'or, car BH vaut 1,618 fois BC.
On "colle" un carré : ABGH en rouge.
Le grand rectangle résultant ACGI (rouge et vert) est aussi un rectangle d'or : AC vaut 1,618 fois CI.

 Cette construction géométrique, connue depuis l'antiquité, est à la base du plan au sol de la cathédrale de Dol-de-Bretagne
(plan ci-dessous).

Dans ce contexte, peut-on imaginer le plan au sol d’une grande cathédrale répondant globalement et logiquement à une construction dorée ? Nous pensions que non, après examen de nombreux relevés. Les contraintes du sol, de l’environnement bâti, de la nécessité d’une dissymétrie (la nef est plus longue que le chœur, souvent), tout ceci se prête mal à un plan fondé sur phi.

C’est ce que nous pensions avant de rencontrer un personnage atypique, dont nous aurons l’occasion de reparler. Un alchimiste du XXI° siècle, déjà âgé, se revendique d’une tradition hermétique fort célèbre : Alejandro tient son savoir des enseignements, publiés ou non, de Fulcanelli, l’auteur mondialement connu du Mystère des Cathédrales.

Alejandro nous a dévoilé le rôle central tenu par Dol dans l’œuvre du maître, qui considérait la cathédrale comme « celle du Graal, l’édifice alchimique ultime ».

Le plan au sol de cette cathédrale est strictement dicté par les rapports dorés, et à notre connaissance, Fulcanelli est le premier à s’en être rendu compte. Mais jugez plutôt… Nous remercions très vivement Patrick Amiot, auteur de l’incontournable « Dol de Bretagne d’hier à aujourd’hui, tome 2 : la cathédrale Saint Samson », qui nous a très aimablement autorisé à reproduire le plan au sol de l’édifice. Nous avons ajouté à celui-ci, en rouge, les rectangles d’or tels que Fulcanelli les décrit. Il va de soi que nous avons pris le plus grand soin, avant de publier, de vérifier l’exactitude des relevés et des proportions dorées mises en évidence.

Le plan de la cathédrale de Dol est très original : le transept se situe au centre de l’édifice, ce qui est rare en France. Le chœur et la nef ont la même longueur. Les piliers rythment une distribution étrange :

ABHG, BDJH, CEKI et EFLK sont des carrés, couvrant toute la longueur de l’édifice.

BCIH est un rectangle d’or (BC x phi = BH). Il s’ensuit que ACIG est aussi un rectangle d’or (on « colle » un carré). Il en va de même de BEKH. Et par un effet de cascade géométrique, DEKJ et DFLJ sont des rectangles d’or.

Sur toute la longueur de la nef et du chœur, le nombre d’or organise l’espace. C’est à notre connaissance un cas unique dans l’architecture gothique française.

Nous remercions très vivement Alejandro C., qui a bien voulu nous communiquer ces informations.

Lire à propos de la Cathédrale du Graal et l'alchimie


 Voir aussi : La cathédrale de Dol au solstice d'été

Pour en savoir plus sur le nombre d'or :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Nombre_d'or

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