La fontaine merveilleuse de Brocéliande


La fontaine merveilleuse de Brocéliande est surtout décrite par trois textes dont deux (au XII° siècle, le Roman de Rou de Wace et Yvain et le Chevalier au Lion de Chrétien de Troyes) la situent à Brocéliande, et le troisième (Owein ou le conte de la Dame à la Fontaine, vers 1200) en forêt, au bord de l’océan. Cette dernière précision est importante, on s’en doute, pour localiser Brocéliande.

Que sait-on de la fontaine merveilleuse ? Les contes d’Yvain et d’Owein dérivent d’une même source, et la cohérence est grande entre les deux récits (voir sources anciennes).

Premier point, la fontaine est christianisée au VI° siècle (Arthur vit au VI°) : « Près de celle-ci tu trouveras une grosse pierre (je ne saurais te dire quelle espèce de pierre car je n'en vis jamais de pareille). Tu apercevras de l'autre côté une chapelle petite mais fort belle. Si tu veux prendre de l'eau dans le bassin et la répandre sur la pierre tu verras une telle tempête qu'en ces bois ne restera bête, chevreuil, daim, cerf ni sanglier. Les oiseaux même en sortiront car tu verras foudre tomber, pleuvoir, tonner et éclairer. Et si tu peux en échapper sans grand tourment et sans pesance tu auras eu meilleure chance que chevalier qui jamais y fut ! » (Chrétien).

La magie météorologique constitue une spécificité du lieu.

Le conte d’Owein précise le contexte : « je tombai sur la vallée la plus belle du monde ; elle était plantée d'arbres, tous de la même hauteur; une rivière rapide courait tout le long de la vallée, ainsi qu'une route au bord de la rivière. Je marchai sur la route jusqu'à midi, et je continuai de l'autre côté [de la rivière] jusqu'à l'heure de nones. »

La route suivant une rivière rapide jusqu’à la fontaine aux vertus atmosphériques miraculeuses
nous est décrite par le grand érudit dolois François Duine (Histoire civile et politique de Dol, 1911). Cette route sera celle du saint évangélisateur de Dol au VI° siècle (époque arthurienne), saint Samson :


 

Une fontaine à vieux rites païens donna son nom au territoire de Carfantin, et l’on se représentera l’illustre patron de Llandaff plantant des arbres fruitiers sur les bords du Guyoul. Carfantin : le bourg de la fontaine : d’après la Vila Sancti Teliavi du livre de Llandaff, le pays dolois dut à Teliaw la salutaire fontaine de Cai, dont les marins bretons viennent nettoyer l’eau pour obtenir bon vent sur mer. Etranger à notre canton, le narrateur a bien pu lire caifenten pour Carfenten. Justement, on voit tout près du bourg une source qui porte le nom populaire de Fontaine de saint Samson. Ce bienheureux, toujours d’après la Vita Sancti Teliavi, s’unit au saint gallois pour créer de magnifiques vergers, qui s’étendirent de Dol à Cai sur une longueur d’environ trois milles.

On sait que l’évangélisation de Dol commence au VI° siècle à Carfantin, en ce lieu magique situé à proximité du plus grand menhir d’Ille-et-Vilaine (le Champ Dolent, neuf mètres de haut). Il y avait près de la fontaine une chapelle, aujourd’hui l’église du village, ainsi qu’un monastère au XII° siècle.

L’homme à la force herculéenne maître des animaux que rencontrent Yvain comme Owein a toutes les caractéristiques de saint Samson, selon les hagiographies anciennes.

La magie météorologique attachée à la fontaine de Carfantin est un thème qu’on trouve également à Tombelaine, îlot situé près du Mont-Saint-Michel et autre lieu clé du cycle arthurien (voir Monmouth) : les marins y invoquent les neuf druidesses du lieu avant de prendre la mer.

On comprend dès lors que la fontaine saint Samson à Carfantin, rebaptisée après sa christianisation, est la fontaine merveilleuse du légendaire de la Table Ronde.

 


(c) IGN

Les forges de Brocéliande

Carfantin, le "Village de la Fontaine", se situe au confluent du Guyoult (que saint Samson remonte au VI° siècle) et d'une rivière qui prend sa source 3,5 kilomètres au sud du village, près d’un lieu dit « La Ville au Feu » (1). Sur la carte IGN précise des lieux, on voit nettement (à droite de la carte reproduite ici) la rivière prendre sa source à la Ville au Feu (le trait bleu en pointillés), puis gagner en puissance au lieu dit « Le Portail des Forges », et enfin « Les Forges » (le trait bleu à droite de la carte). Signalons la présence d’une croix octogonale ancienne à la « Fontaine au Feu » (voir carte) et à 2,5 km à l’ouest de cette dernière le lieu dit... « la Ville Arthur » !

Il n’est pas étonnant de trouver des forges dans ce massif forestier, et le travail de la métallurgie remonte ici à des époques très anciennes. Rappelons que le cycle arthurien fait de Merlin le partenaire de plusieurs maîtres des forges, en Brocéliande. L’appellation de « fontaine bouillante » (Chrétien de Troyes) vient de là, beaucoup plus sûrement que par allusion à quelque émanation d’azote…

Enfin, à 2,5 km au sud-est de La Ville au Feu, la route qui va du Mont-Dol (grotte de Merlin) à Combourg (Lac de Diane, demeure de la fée Viviane dont l’enchanteur est épris) emprunte le « pont Melin »… Rite du passage de l’eau cher à bien des trouvères arthuriens. 

(1) Feu peut avoir plusieurs sens : le Dictionnaire de l’Ancien Français de Greimas (Larousse, 1968) donne « fou ou hêtre », mais aussi « feu » dans son acception actuelle. C’est cette dernière que nous retiendrons, dans le contexte des forges voisines.

 

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Brocéliande : sources anciennes