Arthur au Mont-Saint-Michel

Morgane et les druidesses de Tombelaine


La majorité des épisodes relatifs au roi Arthur a pour cadre la Grande Bretagne. Toutefois, le souverain traverse la manche (alors mer de Cornouailles) pour se rendre au Mont-Saint-Michel. Voilà qui nous rapproche de notre forêt de Brocéliande, laquelle ne manque pas de lieux arthuriens : deux « Ville Arthur », près de Saint-Broladre et Baguer-Morvan, une « Brèche Arthur » au sud de Dol, une légendaire « Chasse Artu (ou Arthur) » au sud de Combourg (1)… tous ces lieux situés dans le massif forestier que nous avons identifié comme Brocéliande !

Mais c’est bien au Mont-Saint-Michel que la légende s’inscrit. Cette épopée d’Arthur nous est contée par Geoffroy de Monmouth dans son Histoire des Rois de Bretagne vers 1135 (voir sources anciennes) et sera reprise par Wace au XII° siècle (le Roman de Brut) selon un scénario tout à fait identique.

Hoël, roi d’Armorique, était l’allié fidèle d’Arthur. Ce dernier apprend qu’un géant retient Hélène, la nièce d’Hoël, en captivité au Mont-Saint-Michel (nommément cité par Geoffroy de Monmouth comme par Wace).  Hélène est probablement la mère de Lancelot du Lac, laquelle s’enferme dans un moutier à la mort de son mari, Ban de Bénoïc, en un lieu que nous avons identifié près de Combourg.

Arthur, la veille de son arrivée au Mont-Saint-Michel, fait un rêve qui met en scène un dragon (les forces du mal) triomphant d’un ours (Arthur veut dire ours). Le roi a donc ici la prescience de sa propre mort, un détail hautement significatif (nous y reviendrons). Le roi arrive trop tard et découvre la tombe d’Hélène sur un îlot situé au nord du Mont : Tombelaine (ou Tombe Hélène, selon une étymologie qui pour fantaisiste qu’elle puisse paraître n’en est pas moins admise par les chroniqueurs médiévaux). Arthur tue le géant et venge Hélène.

Avallon et les druidesses de Tombelaine

Geoffroy de Monmouth nous conte, dans la Vie de Merlin, la fin du roi Arthur : blessé, il prend la mer et rejoint l’île dans laquelle la fée Morgane exerce la médecine. Les fées sont ici au nombre de neuf, neuf sœurs à l’image des muses. Ce conte évoque à l’évidence les neuf druidesses de Tombelaine. Le légendaire local y voit une porte de l’autre monde… Avallon à Tombelaine ? Peut-être. Arthur avait vu en ces lieux sa dernière demeure, et la fonction de passage vers l’autre monde est omniprésente dans les traditions locales, jusqu’à saint Michel lui-même.

Les druidesses de Tombelaine rendent des oracles ; leurs flèches ont le pouvoir de calmer les orages, rappelant en cela la fonction de magie météorologique qu’on trouve à la fontaine saint Samson. La tradition celtique des neuf druidesses est attestée dès le I° siècle sur l’île de Sein [Pomponius Mela, source (2)], pendant occidental de Tombelaine en Armorique. L’historien Marc Déceneux a bien fait la relation : " Revenons, pour préciser l'analyse du thème, aux magiciennes sénanes : ces créatures de l'autre monde, présentées comme des êtres réels par le rationalisme sans nuance d'un auteur latin, sont à rapprocher, dans la littérature médiévale galloise, des neuf sorcières du mabinogi de Peredur ab Evrawc et, dans les textes armoricains du haut Moyen Age, de la sorcière forestière et de ses huit sœurs décrites dans la Vita de Saint-Samson (VII° siècle).   Mais plus encore qu'à ces créatures hideuses, effrayantes et diabolisées, les prêtresses de Sein ressemblent aux neuf fées, Morgane et ses sœurs, qui, selon Geoffroy de Monmouth dans la Vie de Merlin, règnent sur l'île enchantée d'Avallon où a été transporté Arthur après sa blessure à la bataille de Camiann " (2)

Enfin, on ne peut passer sous silence le nom d’un jardin au Mont-Saint-Michel : Tintageul, évidente allusion au lieu des origines d’Arthur.

Un argument décisif :

Le prieuré du Brégain, près de Broualan : en 1122, il est rattaché à l'abbaye de Saint-Florent en Anjou, comme l'abbaye de Monmouth au pays de Galles où s'écrivent alors les premières pages du cycle arthurien, sous la plume et l'influence de gens de la seigneurie des Dol-Combour.

Ci-dessous, la forêt de Broualan (ce nom a donné naissance à Brechélian, puis Brocéliande). Au second plan, à gauche le Mont Dol (le Mont Douloureux des légendes du Graal), et la mer. Cette photo est prise du haut de la tour du prieuré du Brégain, près de Broualan. Le Mont-Saint-Michel est visible à l'oeil nu.

On comprend pourquoi Geoffroy de Monmouth évoque le Mont, originaire des lieux et rejoint au XII° siècle par les Dol-Combour.

(1) La Chasse Arthur

Cette chasse fantastique apparaît dès le début du XIII° siècle dans le « Perceval en prose » attribué à Robert de Boron (ou l’un de ses continuateurs) :

« C’est ainsi qu’Arthur se fit porter en Avalon et qu’il dit à ses hommes de l’attendre car il reviendrait. Les bretons revinrent à Cardueil et l’attendirent plus de quarante ans avant de choisir un nouveau roi car ils étaient toujours persuadés qu’ils reviendrait. Mais sachez que certains l’ont vu depuis chasser dans les forêts et ont entendu ses chiens, et que certains encore ont longtemps espéré qu’il reviendrait. » [La Légende Arthurienne, Robert Laffont, 1993].

Ainsi se termine le récit du Perceval en prose.

On retrouve la chasse ARTU dans le légendaire local, au sud de Combourg. François DUINE nous rapporte la tradition (article paru dans la "Revue des Traditions Popualires RTP, tome 18-1903, page 289), texte également cité dans « Histoires et traditions du Pays de Guipel et du Canton de Hédé » :

« LA CHASSE ARTU : Elle passe à l'approche des grandes fêtes, notamment à Pâques. On entend comme des aboiements dé chiens qui poursuivent un lièvre furieusement. »

En forêt de Tanouarn, cette chasse prend le nom de « Chasse à l’humaine » (Orain).

Merci au conteur Jean-Pierre MATHIAS de nous avoir aidé à trouver les sources de cette légende locale.

(2) Mont-Saint-Michel, Histoire d’un mythe. Marc Déceneux. Editions Ouest-France, 1997. Page 108).
 

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Brocéliande : sources anciennes