Tourisme au pays de Brocéliande.
Découverte de la forêt de Broualan ou Brocéliande,
entre Combourg et Dol de Bretagne.

Carte de la forêt de Brocéliande
 


LA FORET DE BROCELIANDE

Guillaume Kerfontaine

La forêt de Brocéliande :

En bord de mer aux marches de Bretagne, ou à Paimpont ?

Depuis le début du XIX° siècle, la majorité des commentateurs place la forêt de Brocéliande en Bretagne, à l'Ouest de Rennes, l'assimilant à l'actuelle forêt de Paimpont. Curieuse  identification que celle-ci quand on sait que les textes fondateurs du mythe arthurien (XII° et XIII° siècles) disent Brocéliande bordant la mer de Cornouailles (la Manche actuelle) et aux Marches de la Petite Bretagne (sur une ligne défensive érigée dès le XI° siècle à l’initiative des ducs de Bretagne, passant par Dol, Combourg, Fougères, Vitré et fortifiée jusqu'à Nantes). Dans la langue du XII° siècle, les Marches de Bretagne ne sauraient souffrir d'autre acception. Vers 1200, le « conte de la dame à la fontaine », s’appuyant sur une source galloise plus ancienne qui sera également reprise par Chrétien de Troyes, situe le château de Brocéliande à proximité de l’océan.

Paimpont, à l'évidence, ne répond pas à ces critères. Mieux : nul lieu-dit ne se nomme ici «Brocéliande» ou «Bréchéliant», ni aucune des formes anciennes du nom.

Le premier détournement historique se produit au XV° siècle. En 1467, Guy XIV de Laval, seigneur de Tinténiac, Bécherel, Montfort, comte de Laval et baron de Vitré, assimile dans sa «Charte des Usements de Brécilien», pour la première fois, la fontaine qu'il nomme «Barenton» pour l'occasion à la «fontaine qui bout» des légendes arthuriennes. C'est là une manière de renforcer la thèse qu'il défend en se prétendant descendant des anciens rois d'Armorique. Mais qu'on ne s'y trompe pas : la forêt de «Brécilien» est vaste. François René de Chateaubriand s'en explique (Mémoires d'outre tombe) : «Au douzième siècle, les cantons de Fougères, Rennes, Bécherel, Dinan, Saint-Malo et Dol, étaient occupés par la forêt de Bréchéliant». Et le grand écrivain breton d'ajouter : «je tiens Bréchéliant pour Bécherel, près de Combourg.». En citant un vaste massif forestier allant jusqu'à la mer (Saint-Malo), entourant Dol et Combourg, Chateaubriand nous met sur la voie d'une localisation de Brocéliande conforme à la littérature arthurienne des XII° et XIII° siècles.

Au XIX° siècle, la forêt de Paimpont est peu à peu assimilée à Brocéliande : Georges Bertin s'en explique dans une note de bas de page (La Quête du saint Graal et l'imaginaire, page 74) :

Marcel Calvez, dans sa thèse : «usages productifs, usages touristiques et aménagement du  territoire. Le Val sans Retour (1820-1984)», soutenue à Paris X en 1984, a montré que  l'identification de la forêt de Paimpont en Ille-et-Vilaine à l'antique Brocéliande s'opère au  début du XIX° siècle réalisée à partir de la désignation du tombeau de Merlin en 1824 par Blanchard de La Musse qui «met en scène des lieux de légende à partir d'un mégalithe considéré comme un vestige celtique. Ils réalisent le passage d'une représentation littéraire dominante à un territoire réel». Cette topographie légendaire ne fera que s'enrichir sur cette  base tout au long du siècle.

Aucun élément probant ne permet de situer Brocéliande à l'Ouest de Rennes. Nous ne  sommes ni aux marches de Bretagne, ni sur les rives de la mer de Cornouailles. Puisqu'à l'évidence le site de Paimpont ne répond pas aux critères dépeints par les textes anciens, où se  situe vraiment la forêt de Brocéliande ?

Le Mont Dol, "Mont Douloureux" dans les romans arthuriens, est un haut-lieu de l'imaginaire médiéval : miniature du XVI° siècle.

Geoffroy de Monmouth

En 1066, Guillaume le Conquérant, duc de Normandie, lève une armée et aborde l'île de  Bretagne. Il remporte la bataille de Hasting et deviendra roi d'Angleterre. La nouvelle donne politique implique des mutations profondes. Après les invasions des V° et VI° siècles, les bretons s'étaient réfugiés à l'Ouest de l'île, en Cornouailles et au Pays de Galles, certains émigrant en Armorique ou « Petite Bretagne », l'actuelle région française. Avec Guillaume le Conquérant, les flux s'inversent : le duc s'entoure de bretons d'Armorique, qui recevront des terres en Angleterre. C'est pour le roi un moyen de gagner le soutien des bretons insulaires. Plus tard, au XII° siècle, Henri II Plantagenêt encourage la création de récits chevaleresques vantant les liens entre l'Angleterre et la Petite Bretagne qu'il convoite.

C'est dans ce contexte politique que va naître le premier roman de chevalerie, l'épopée du roi Arthur. Il cristallise tout à la fois les vertus du chevalier promu au rang d'un défenseur du bien, et l'unification des celtes de Grande et Petite Bretagne.

Le cycle arthurien naît sous la plume du chroniqueur Geoffroy de Monmouth : rédigée en  latin entre 1135 et 1138, «l'histoire des rois de Bretagne» (il faut bien sûr comprendre les rois de Grande Bretagne) relate les aventures d'Arthur et de Merlin, dont les prophéties sont commentées. Suivra la vie de Merlin, du même auteur, en 1148. Ce texte fondateur trouvera dans toute l'Europe un retentissement considérable aux XII° et XIII°  siècles. Suivront les romans de Wace et de Chrétien de Troyes, s'inspirant l'un et l'autre de ce récit originel. Le mythe arthurien est né.

Qui est Geoffroy de Monmouth? Le descendant d'une famille de Dol-de-Bretagne, en Armorique (département d'Ille-et-Vilaine), les Baderon, compagnons d'arme de Guillaume le Conquérant en 1066. Le roi d'Angleterre donnera aux Baderon le fief de l'abbaye de Monmouth, au Pays de Galles.

En cette première moitié du XII° siècle, Geoffroy n'est pas le seul breton d'Armorique à Monmouth : le rejoignent plusieurs familles dépendant de la seigneurie des Dol-Combour (du nom des deux villes situées au sud ouest du Mont-Saint-Michel). S'installent à Monmouth Main de la Boussac et Emauld de la Ville-Oubert en Epiniac (1). Voilà qui clarifie la source d'inspiration géographique du récit arthurien : La Boussac et Epiniac se situent entre Combourg et Dol, au sein de ce qui constituait au XII° siècle une vaste étendue boisée (2), dont il reste encore de nombreux éléments (dont la forêt domaniale du Mesnil, à l'Ouest de la zone, et le forêt domaniale de Ville-Cartier à l'est).

La forêt de Broualan, autrement dit Brocéliande

Cette étendue boisée a pour point culminant (114 mètres d'altitude, quand certains points de là zone flirtent avec le niveau de la mer) un village nommé Broualan, à quelques kilomètres de la Boussac et Epiniac que nous venons de citer. L'étymologie de Broualan lève un premier voile sur les lieux d'inspiration du cycle arthurien : Broualan vient du breton ancien Bron-Alan. Bron signifie la colline et Alan ou Elan (racine AL- ou EL-, troupeau) l'homme au troupeau (l'homme riche dans la tradition celte). Il est vrai que cette colline est fort bien défendue au XII° siècle, avec les châteaux de Landal (à son flanc nord) et de la Roche Montbourcher  (flanc sud), pièces maîtresses des Marches de Bretagne. Cette étymologie donnera naissance à Brech (colline) Elian (l'homme au troupeau), devenu au fil des récits Brechélian ou Brechélien, puis Brocéliande. En breton, Brec'h est synonyme de Bron et veut dire Colline.

Geoffroy de Monmouth utilise le cadre de la forêt bretonne qu'il connaît pour construire son  récit. Nous allons en découvrir de nombreuses preuves.

Broualan-Brocéliande : un prieuré lié à Monmouth

Aujourd'hui, quelques monuments témoignent encore du passé de Broualan : outre les châteaux de Landal et de la Roche Montbourcher qui montrent bien l'importance stratégique de cette colline située aux marches de Bretagne, on trouve une remarquable église des XV° et XVI° siècles et surtout quelques éléments de l'ancien prieuré du Brégain en Broualan. Cet édifice comprend une tour comportant un petit oratoire à son sommet, d'où l'on peut voir le Mont-Saint-Michel à l'œil nu. Le prieuré dépend dès 1122 (donc quelques années avant la rédaction du récit arthurien de Geoffroy de Monmouth) de l'abbaye de Saint-Florent en Anjou (3). Ce détail est capital : comme nous l'explique Guillotel (op. cité) ; « Pour établir leur sanctuaire à Monmouth, les Baderon suivaient l'exemple alors donné par leurs seigneurs bretons, les Dol-Combour ; l'aîné de ceux-ci, Guillaume, était devenu abbé de Saint-Florent de Saumur, tandis que son frère Jean 1er élevait dans un faubourg de Dol une dépendance de cette abbaye (à Broualan) ». C'est ainsi que le prieuré de Monmouth est rattaché, comme le Brégain en Broualan, à l'abbaye Saint-Florent de Saumur (4).

"Guillaume Rivallon ( 1070-1118 ) est le fils aîné du seigneur de Dol et de Combourg. Ce choix marque la fin de la tutelle exercée sur Saint-Florent par l'abbaye de Marmoutier. Guillaume, lié aux seigneurs bretons et normands, reçoit de ces derniers des donations considérables. En Angleterre, Guihenoc, ayant fondé le monastère de Monmouth, devient religieux de Saint-Florent. A partir de ce prieuré, l'abbaye développe ses possessions en Grande-Bretagne." http://perso.orange.fr/saumur-jadis/recit/ch4/r4c.htm

Replaçons maintenant dans son contexte la rédaction de l'épopée d'Arthur par Geoffroy de Monmouth : l'auteur est rejoint en cette première moitié du XII° siècle par des familles issues comme lui de la seigneurie des Dol-Combour ; La forêt de Broualan deviendra Brocéliande, à l'étymologie identique. Monmouth va prendre pour cadre ce massif boisé d'Armorique, dans l'arrière pays du Mont-Saint-Michel, qu'il connaît bien. Et là, tout devient limpide :

Selon le récit de Geoffroy de Monmouth, Arthur débarque en Normandie pour tuer un géant au Mont-Saint-Michel : «Entre-temps, Arthur apprit qu'un géant d'une taille extraordinaire, venu d'Espagne, avait enlevé à ses gardiens Hélène, la nièce du duc Hoel, et s'était enfui avec elle au sommet d'un mont aujourd'hui appelé mont Saint-Michel» (5). Le géant a tué Hélène.  C'est pour cette raison qu'on nomme le petit îlot au nord du Mont-Saint-Michel «Tombelaine», ou «tombe Hélène». Arthur terrasse le géant, et c'est là son premier fait d'arme de ce côté-ci de la manche. En situant d'emblée l'action au Mont-Saint-Michel, on voit que Geoffroy de Monmouth prend sa région d'origine comme cadre du cycle arthurien en Petite Bretagne.

L'ensemble des récits arthurien (ceux de Monmouth, de Wace, de Chrétien de Troyes) confirme cette localisation :

On sait que la forêt de Brocéliande (en fait Broualan) borde la mer de Cornouailles et les «marches de Bretagne». Dans le contexte historique du XII° siècle, ces descriptions sont parfaitement claires : la mer de Cornouailles est la Manche, et les marches de Bretagne la ligne de défense initiée au XI° siècle par les ducs de Bretagne : Beaufort près de Dol - Combourg - Fougères - Vitré. Ce système défensif est particulièrement dense dans la seigneurie des Dol- Combour, avec quatre châteaux en forêt de Broualan (Combourg, Beaufort, Landal et la Roche Montbourcher). L'examen d'une carte de la  région parle de lui-même : les rivages de la mer de Cornouailles croisent les marches de Bretagne près du Mont-Saint-Michel. La forêt qu'évoque Monmouth est donc celle de Broualan, ce grand massif forestier de la seigneurie des Dol-Combour. Sa région d'origine, tout simplement.

(1) Hubert Guillotel «Une famille bretonne au service du conquérant: les Baderon». Paris, PUF, 1976.

(2) L'examen des toponymes montre que cette zone était peu habitée durant le premier millénaire, à l'exception de Combourg et Dol bien sûr. Les noms sont romans  (français) alors que dominent ailleurs les noms celtes et bretons.

(3) Paul Banéat, Le département d'Ille-et-Vilaine, Broualan. 1927.

(4) Chartes anciennes du Prieuré de Monmouth en Angleterre, au diocèse d'Hereford, membre de l'Abbaye Bénédictine de Saint-Florent près Saumur [Ancient charters of thé priory of Monmouth in the diocese of Hereford, a member of the Benedictine Abbey of Saint-Florent] / Marchegay, Paul. 1879

(5) Geoffroy de Monmouth, « Histoire des rois de Bretagne », traduit du latin par Laurence Mathey-Maille, Les Belles lettres, 1992.

 

Contacter l'auteur : guillaume.kerfontaine@yahoo.fr

 

BROCELIANDE EN PHOTOS
 

Carte de la forêt de Brocéliande
 

Arthur au Mont-Saint-Michel
Les druidesses de Tombelaine

La fontaine merveilleuse de Brocéliande
 

COMBOURG, LANCELOT ET LA DAME DU LAC
 

MERLIN ET LA GROTTE DU MONT DOULOUREUX


Chronique de Dol :
LE GRAAL A DOL DE BRETAGNE

 

Perceval ou le Roman du Graal
 

Le Graal volé à Dol par des païens ?
 

CONCLUSION
 

ANNEXES :

Brocéliande : sources anciennes

La forêt de Paimpont

Découvrez le site du château de Combourg, univers de la Dame du Lac


Où loger ? Chambre d'hôte à Combourg

 

 

 

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