Enquête du magazine Géo :

ça déménage à Brocéliande !

« Mystères et Légendes au pays du roi Arthur » : tel est le fil conducteur de l’enquête que le magazine Géo consacre, dans son numéro de juin 2017, à la Bretagne. Une investigation très sérieusement menée révèle une facette méconnue de l’implantation bretonne du mythe.

"Paimpont est le grand gagnant
de cette entourloupe"

L’équipe de Géo s’intéresse tout d’abord à la forêt de Paimpont, autoproclamée « Brocéliande » depuis le milieu du XIXe siècle. Il faut bien avouer que la douche froide est sévère, et les premiers mots de l’article donnent le ton : « Pas la peine de chercher, la forêt de Brocéliande n’existe pas ». La suite donne une image inhabituelle de la légendaire forêt, qu’on en juge : « Comme le signalent les nombreux panneaux en bordure de route, il s’agit d’un espace en grande partie privé.  Défense d’entrer, Attention chasse en cours,  Passage interdit, zone d’abatage, peut-on lire en guise de bienvenue. Question enchantement, peut mieux faire ». Géo poursuit : « Ce n'est qu'à la fin du XIXe siècle qu'on raccorda menhirs et dolmens aux récits celtiques puis médiévaux. L'Europe s'entichait de néogothique et de mythes anciens. Des érudits décidèrent alors que Merlin et ses amis avaient fait escale ici. Aujourd'hui, Paimpont est le grand gagnant de cette entourloupe, où un demi-million de curieux se balade chaque année. »

Sur le fond, l’auteur de l’article conclut à juste titre : «  La fontaine de Barenton, elle, a conservé sa magie. L’eau de la fontaine glougloute. C’est bref, il faut être aux aguets. Mais ce phénomène géologique est le seul élément tangible pour accréditer la thèse selon laquelle Brocéliande se situe à Paimpont ». Le constat est sévère mais juste : les preuves manquant cruellement pour faire de Paimpont la mythique forêt des romans arthuriens.


Château de Combourg au coucher du soleil
(c) Paysdebroceliande.com

Dans ces conditions, il n’est pas étonnant de voir les rédacteurs de l’enquête se tourner vers d’autres lieux : la merveilleuse forêt du Huelgoat (Finistère nord) et son camp d’Artus (Arthur), et le château de Combourg (Ille-et-Vilaine) auquel le magazine consacre quatre pages. Cette forteresse médiévale fut la propriété du père de l’écrivain Chateaubraind, dont les descendants gèrent encore aujourd’hui le fabuleux patrimoine, ouvert à la visite. La légende du chat noir, fantôme local, est contée, après quoi les auteurs reviennent sur le mythe arthurien :

« Cet étrange logis occuperait un emplacement très particulier qui expliquerait tout, pour Christophe Déceneux. Mordu d’histoire, voisin et ami de la famille, ce natif de Combourg est aujourd'hui persuadé que la forteresse primitive a un lien avec la légende arthurienne : «Le Lac tranquille jouxtant le château est celui où la fée Viviane éduqua le jeune chevalier Lancelot, alors que le premier donjon, du début du XIe siècle, marque le seuil de la mythique forêt de Brocéliande», soutient-il après dix ans de recherche. La preuve ? Sur le plafond, dans l'entrée, Christophe Déceneux pointe du doigt l'antique blason des Coëtquen : «Des bandes latérales argent et rouge... Les mêmes armes que celles de Lancelot !» L'antre des Chateaubriand fut-il d'abord le siège oublié des romans de la Table ronde ? Il y a de quoi enflammer les imaginations. Après tout, le roi Arthur lui-même eut un jour à subir une grave blessure à la jambe. Et dut aussi combattre un félin chimérique d'une férocité monstrueuse, que plusieurs manuscrits médiévaux répertorient sous le nom de Chapalu ».

Ce très astucieux rapprochement entre la légende combourgeoise du Chat Noir et le Chapalu arthurien montre à quel point l'auteur de l’article maîtrise son sujet. Géo fait, s’il en était besoin, la preuve de la rigueur des ses investigations. Il serait agréable de n’avoir jamais à lire que de telles enquêtes concernant la légende arthurienne.

Guillaume Kerfontaine

Le livre de Christophe Déceneux
résume dix ans de recherche :
Cliquez ici pour feuilleter




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Dernière mise à jour le 02/06/2017